Vers une culture intégrée de l'écoconception

Interview d'Elie Ballester, étudiant du MS IGE (promotion 2014-2015) en mission chez Vinci

En quoi l’éco conception est un sujet stratégique chez Vinci ?

Vinci est un leader mondial des activités de contracting (construction, énergie et travaux publics) et de concessions. Les entreprises du Groupe conçoivent, financent, construisent et gèrent des infrastructures et des équipements. En d’autres termes, Vinci a un rôle à jouer dans la conception de villes plus durables et résilientes. Sachant que les zones urbaines et les transports ont un fort impact sur l’environnement, en particulier en termes d’émissions de gaz à effet de serre et de fragmentation des territoires, les activités très diversifiées de Vinci nous permettent d’agir dans ces domaines.

L’éco-conception, vue comme un ensemble d’outils d’ingénierie appliqués à une démarche amont de conception d’un produit, projet ou service, en vue d’améliorer sa performance environnementale et sa durabilité dans le temps, a donc un rôle stratégique pour Vinci. C’est en effet en amont de la construction qu’il faut penser les villes de demain, y compris leurs usages et leur fin de vie (ou leur renouvellement). Il est donc important de créer des synergies entre tous les acteurs de la chaîne de valeur pour que dès la phase de conception soient pris en compte les impacts environnementaux et les possibilités techniques permettant de réduire l’impact, voire d’améliorer la performance environnementale de l’ouvrage.

Eco-concevoir les villes de demain, c’est aussi « éco-penser » nos métiers dès aujourd’hui : quelles sont les innovations technologiques les plus pertinentes pour les territoires durables ? Quelles nouvelles méthodes de travail, de process et d’organisation, en interne, mais aussi avec l’ensemble des autres acteurs ?

L’éco-conception peut donc être une « lame de fond », permettant d’un point de vue technique la prise en compte de l’ensemble des enjeux environnementaux tout au long du cycle de vie, mais devant être couplée dans une « démarche intégrée », au sein de nouvelles cultures d’entreprise. En ce sens, l’éco-conception ne peut être complètement détachée des enjeux sociaux et sociétaux mais doit participer à l’élaboration d’une nouvelle vision globale et intégrée.   

 

En quoi la démarche de Vinci est-elle innovante ?

En 2008, Vinci s’est engagé avec trois écoles de ParisTech – MINES ParisTech, Ecole des Ponts ParisTech et AgroParisTech au sein de la Chaire Eco-conception des Ensembles Bâtis et des Infrastructures. Ce partenariat est innovant, dans le sens où il rassemble une entreprise et trois écoles aux compétences complémentaires pour faire émerger de nouveaux référentiels et outils d’éco-conception de la ville. L’objectif est à la fois de rassembler en interne l’ensemble des métiers du Groupe autour d’un cadre commun – à savoir le développement de territoires durables (bâtiments et quartiers, infrastructures et équipements) – et d’élaborer des outils d’aide à la décision pour l’ensemble des acteurs urbains (entreprises, collectivités territoriales et décideurs, architectes et urbanistes, bureaux d’études…).

L’approche développée dans le cadre de la Chaire souligne bien la démarche innovante de Vinci en éco-conception : la multidisciplinarité des thématiques de recherche et de la gouvernance des acteurs, l’approche systémique, la prise en compte du long terme, la modélisation d’outils scientifiques, l’action et l’expérimentation pour confronter les outils créés aux réalités du terrain.

La démarche de Vinci, basée entre autres sur la transparence et l’open innovation, souligne bien la vision intégrée de l’éco-conception : les outils, développés par le monde de la recherche, s’appuie sur des bases scientifiques, qu’il convient de tester dans le cadre d’opérations concrètes. La Chaire constitue une communauté d’acteurs, mais elle n’est pas la seule. L’enjeu est de pouvoir coordonner et de faire dialoguer ensemble divers réseaux de villes durables, pour que l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur travaillent ensemble à faire émerger des référentiels de villes durables.

 

As-tu travaillé sur des cas concrets, sur des approches opérationnelles ?

Le positionnement du niveau Corporate d’un grand groupe, apportant des fonctions supports, n’est pas toujours axé sur une approche opérationnelle terrain, d’autant plus au sein de Vinci dont l’organisation décentralisée privilégie l’entreprenariat et le terrain aux divisions opérationnelles. Néanmoins, notre rôle est de pouvoir faire le lien entre toutes les initiatives et insuffler une vision, pour donner du sens à la performance environnementale, et globale. J’ai ainsi pu partir à la découverte de projets opérationnels, par exemple au sein de carrières en Méditerranée ou en Normandie. L’objectif est justement d’être en mesure de faire du lien entre diverses initiatives de l’ensemble des activités de Vinci, de créer des synergies. Plus spécifiquement, concernant l’un des outils de la Chaire, NewDistrict (outil de simulation participatif pour sensibiliser aux enjeux de prise en compte de la biodiversité dans les projets d’aménagement), nous avons travaillé à un plan de diffusion en partenariat avec l’AgroParisTech et d’autres institutions. Cette démarche est en cours et commence à toucher plusieurs réseaux d’acteurs réunissant acteurs publics, associations ou entreprises, notamment en Bretagne ou au sein de l’association Futuribles International. L’enjeu, à terme, est que l’outil suive sa propre voie et soit approprié par des décideurs, participant de fait à un changement de paradigme vers une culture intégrée de l’éco-conception.