Sur quelles bases le Groupement des Mousquetaires peut-il s’appuyer pour construire sa future stratégie de gestion déchets ?

Interview de Sandrine Bonfillon, étudiante du MS RSE-DD (promotion 2014-2015) en mission chez Le groupe Les Mousquetaires

Quels sont les principaux enjeux de la gestion des déchets dans la grande distribution?

Actuellement, on parle beaucoup d’économie circulaire. La gestion des déchets est un de ses grands domaines d’action et une question d’importance pour la grande distribution.

En effet, le commerce de détail produit environ 3 % des déchets de l’ensemble des activités économiques et contribue pour 5 % au PIB français. Les déchets constituent donc  un impact significatif du secteur.

Les enjeux sont principalement environnementaux selon 42 % les acteurs du commerce de détail dans une enquête INSEE de 2012. Nuisances  olfactives, pollutions des sols et de l’air,  émissions de gaz à effet de serre liées au transport et au traitement,  atteintes à la faune et la flore,  épuisement des ressources, la liste n’est pas exhaustive.

Les enjeux sont aussi de nature économique. Dans un contexte de guerre des prix, toute réduction ou maîtrise des charges d’exploitation est bienvenue. Or il s’avère que le coût total des déchets va au-delà de la facture du prestataire, et comprend en complément des coûts de gestion interne des déchets (stockage, manutention, …) et des coûts de production avant que les produits ne deviennent des déchets. Au total, le coût serait de 5 à 20 fois celui de la facture initiale.

Enfin,  les enjeux de conformité réglementaire, avec les textes actuels et en lien avec des textes et décrets à venir, concernant le tri et la valorisation  des biodéchets par exemple,  et les enjeux d'organisation (formations, contenants, espaces...) sont bien entendu à prendre en compte.

Les enjeux de la gestion des déchets dans la grande distribution

enjeux gestion déchets

Où en sont "Les Mousquetaires" ?

Les Mousquetaires ont déjà mis en place avec succès une solution de reprise des emballages commerciaux s’appuyant sur sa flotte de camions et l’implantation substantielle de ses bases logistiques. Les camions reprennent les cartons et films plastiques en retour d’approvisionnement et les ramènent sur les bases logistiques pour qu’ils soient massifiés. Puis ce qui réglementairement est devenu un déchet, est revendu pour être recyclé en plasturgie ou en papeterie. Cette solution est actuellement la seule à être mise à disposition par le Groupement à l’ensemble des points de vente.

En point de vente, le don alimentaire et la vente à prix réduit (d’articles présentant de légers défauts ou proches de la date limite de consommation), sont des solutions largement répandues. Pour autant et comme on peut s’y attendre dans un groupement d’indépendants, on constate que les solutions de gestion des déchets varient selon les lieux visités et que quelques précurseurs sont déjà engagés dans des démarches conciliant réduction de la production des déchets, valorisation et performance économique. Globalement, les voies de progrès identifiées sont l’amélioration générale du tri et le travail sur les pratiques pour continuer à réduire la production de déchets.

Sur bases logistiques, on peut également constater des différences de fonctionnement et l’existence de précurseurs. Pour ce qui est des unités de production du Groupement, le fait que certaines disposent d’une certification ISO 14001 laisse supposer qu’elles se sont fixées des objectifs en matière de déchets et ont défini les moyens de les atteindre.

Quelles solutions adaptées aux enjeux du groupement ?

Avant de lister des solutions pour les points de vente, j’évoquerai rapidement la démarche dans laquelle doivent s’inscrire ces solutions. La hiérarchie de gestion des déchets européenne invite en premier lieu à prévenir la production de déchets. Ainsi, à l’instar de la démarche négaWatt pour l’énergie qui affiche que l’énergie la moins polluante est celle que l’on ne produit pas, il s’agit bien ici d’affirmer que le déchet le moins polluant est celui que l’on ne produit pas. On pense bien sûr à l’écoconception et à l’allongement de durée de vie des produits comprenant le réemploi. Pour ce qui est des déchets dont on n’aurait pas pu réduire la production, la hiérarchie européenne privilégie le recyclage qui valorise les déchets en matière ou en énergie ; puis vient l’élimination qu’il convient évidemment de réduire à la portion congrue.

Pour en venir aux points de vente du groupement, nous pouvons distinguer le court terme du long terme.

Dans l’immédiat et à l’image de ce qui se passe déjà pour les emballages cartons et films plastiques, le groupement pourrait profiter du trajet retour de ses véhicules d’approvisionnement des points de vente et de l’implantation substantielle de ses bases logistiques pour récupérer et massifier les emballages en bois tels que les palettes perdues. Aujourd’hui, le regroupement des cartons et plastiques permet de revendre ce qui réglementairement est devenu un déchet, pour le recycler en plasturgie ou en papeterie. Demain, le bois d’emballage pourrait devenir des panneaux en bois ou des allumettes et être revendu dans les points de vente ou encore devenir du combustible pour chaudière. Le court terme comprend par ailleurs deux types d’actions : celles se rapportant à la modification des façons de travailler pour renforcer la prévention et celles visant à renforcer le recyclage des déchets. Dans le premier cas, on cherche à identifier les pratiques et les conditions qui aboutissent à la production du déchet : conditions d’achat, manutention, conservation, préparation et conditionnement des produits. Puis on élabore des réponses et on en expérimente la pertinence. On peut citer l’initiative des « paniers de légumes » pour soupe, à partir de légumes déclassés du rayon frais, qui permet de ne pas jeter ces aliments. Dans le deuxième cas, il s’agit d’améliorer le tri et de trouver des partenaires de recyclage. L’amélioration du tri passe par la formation des collaborateurs, la signalétique et la mise en place de contenants adaptés au plus près des opérateurs. Trouver des partenaires de recyclage signifie considérer ce facteur comme un des critères de sélection des partenaires déchets.

Si l’on se projette à plus long terme, le groupement pourrait vouloir exploiter des synergies avec ses activités de production et d’évolution de sa logistique pour se diversifier sur le secteur de la gestion des déchets et réaliser des économies d’échelle. Mutualiser le déconditionnement des biodéchets de points de vente d’un même territoire, développer des sites de méthanisation ou encore se doter de sites de tri des déchets dans l’optique de valorisation matière sont autant de solutions à envisager pour l’avenir.

La Méthanisation

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En tant que structure de conseil, quels sont vos retours d’expérience ?

Le domaine du conseil est source de rencontres. Il nécessite une ouverture et une capacité d’adaptation. En découvrant un nouveau secteur, un nouveau sujet et une organisation, on peut se sentir déboussolé mais un très grand nombre de méthodologies et approches a un caractère universel : Comme pour tout projet, il faut planifier avant de se lancer dans l’action. Établir une cartographie des parties prenantes, définir des axes d’investigation sont des premières bases permettant de se projeter.

En complément, il me semble important de construire avec ceux qui travaillent, avec leurs maturités, leurs visions. Si nous leur apportons notre regard extérieur et notre expertise, c’est pourtant bien eux qui assureront les succès futurs.

Avoir l’ambition d’atteindre les étoiles, avoir l’humilité de définir les premiers pas et les étapes intermédiaires pour les atteindre et savoir que ces éléments viennent éclairer de manière pertinente la décision d’appliquer ou pas nos recommandations, décision qui  ne nous appartient pas, sont des éléments que nous devons constamment avoir en tête.

Combiner une formation en RSEDD et une telle expérience terrain pour dessiner une stratégie de gestion de déchets en respect avec les enjeux environnementaux, humains et économiques est un réel atout pour contribuer à un monde durablement vivable et vivant.